Frédérick Bonner Frédérick Bonner

Quand la rue devient une salle d’attente

Le mois de décembre rime généralement avec rassemblements, chaleur et traditions. Pour d’autres, c’est une période qui amplifie la solitude, la détresse. À l’approche des Fêtes, un homme ayant vécu une période d’itinérance à Granby a accepté de mettre ses mots sur ce que peut signifier être dehors et sur ce qu’un milieu comme l’Auberge sous mon toit peut apporter.

Le mois de décembre rime généralement avec rassemblements, chaleur et traditions. Pour d’autres, c’est une période qui amplifie la solitude, la détresse. À l’approche des Fêtes, un homme ayant vécu une période d’itinérance à Granby a accepté de mettre ses mots sur ce que peut signifier être dehors et sur ce qu’un milieu comme l’Auberge sous mon toit peut apporter.

La première salle d’attente d’un système

Lorsqu’on lui demande ce que représente l’itinérance, il décrit une réalité assez brute, sans filtres, où chaque heure apparaît lourde.

“Pour moi, l’itinérance représente la première salle d’attente d’un système avant d’être pris en charge. Il y a zéro confort. On n’est pas à l’abri des intempéries et des bulles sociales des gens à l’extérieur. Il n’y a aucune bulle privée. Ça se peut qu’on soit inadéquats.”

Dans ses mots, on entend l’absence d’intimité, de sécurité. L’itinérance devient en quelque sorte un état de vulnérabilité avec un caractère permanent — une exposition au froid, mais aussi au jugement des gens qui passent au hasard, à tout ce qui est imprévisible. La sensation, celle d’être “en attente”, est forte : en attente d’aide, en attente d’une porte qui s’ouvre. En attente, mais jusqu’à quand?

Les Fêtes: entre lumière et blessures

Pour celles et ceux qui traversent une période difficile, l’approche des Fêtes peut devenir lourde : les invitations qui n’arrivent pas, les lieux où l’on ne se sent plus à sa place, la comparaison qui s’impose malgré soi. Pourtant, dehors, tout s’illumine. C’est peut-être ce contraste qui garde une petite porte entrouverte : l’idée qu’un réconfort est encore possible — même imparfait.

“Un mélange d’espoir et de tristesse. De tristesse quand on pense à ne pas être aimé pendant le temps des fêtes. Période de lumière, parce que c’est une période de réconfort.”

Un mois avant les Fêtes, alors en période d’itinérance, il se retrouve derrière les barreaux. 

“Pendant ma période d’itinérance, pour me protéger, un membre proche de moi m’a fait mettre en prison. Au moins là, j’avais un toit.”

Ça frappe, ça dérange. L’angle mort: sans solutions accessibles, la sécurité…se retrouver là où on ne devrait jamais avoir à la chercher. Par défaut. Un rappel que l’itinérance n’est pas un “choix”, mais une suite d’impasses.

Un lieu réconfortant… et un lien d’aide

Arrivé récemment. À ses yeux, l’Auberge sous mon toit, ce n’est pas seulement un bâtiment. C’est une présence.

“Un lien d’aide polyvalent et une place réconfortante.”

L’essentiel: l’idée qu’on peut être accompagné sans être réduit à son passé, qu’on peut se déposer sans être jugé, qu’on peut reprendre souffle. L’itinérance isole. Les milieux d’accueil, eux, recréent du lien — et parfois, c’est ce lien qui rend toute la suite possible, qui donne l’occasion enfin de se projeter.

Embellir l’image de moi

La suite, il la voit. Un objectif à la fois, un pas à la fois. “Être en appartement.”

Mais il ajoute quelque chose de profond:

“L’Auberge sous mon toit est là pour embellir l’image de moi, qui est dénigrée, en société.”

Sa seconde bataille, trop peu visible : celle de l’identité. Quand on a vécu l’itinérance, il y a derrière nous une étiquette. On devient “le gars dans la rue”, “le problème”.  L’accompagnement, c’est donc aider une personne à reconstruire l’image qu’elle a d’elle-même, légitime, capable à redevenir quelqu’un à ses propres yeux.

Un rappel, en décembre

Derrière l’itinérance, il y a des histoires. Des histoires qu’il faut écouter. Il y a des parcours difficiles, des hommes qui tiennent bon, qui espèrent encore et qui veulent avancer, un pas à la fois. Et il y a des lieux comme l’Auberge, qui offrent bien plus qu’un lit. Mais ces lieux, eux aussi, ont une limite : trop souvent, les places manquent — et la porte affiche complet.

Parce qu’au fond, quand quelqu’un dit que la rue est une “salle d’attente”, la vraie question devient: combien de temps accepte-t-on, collectivement, de laisser quelqu’un attendre dehors ?

En Estrie, le nombre de personnes ayant passé la nuit dans un lieu extérieur, la nuit du dénombrement d’octobre, est passé de 11 (2018) à 61 (2022) — un bond marquant en quatre ans (1) .

L’Auberge sous mon toit est une ressource pour hommes en situation de vulnérabilité. L’organisme dispose de 20 chambres fermées et propose des séjours allant de quelques semaines à 12 mois. L’Auberge propose un milieu de vie structuré et sécuritaire, de l’écoute et de l’accompagnement, afin d’aider chaque personne à reprendre pied et stabiliser sa situation.

(1): https://tmestrie.com/wp-content/uploads/2025/06/Etat-de-situation_portrait-EstrieVF.pdf

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Trois chambres, un nouveau départ

Reprendre sa vie en main après avoir pataugé dans les méandres de son existence. Plus facile à dire qu’à faire surtout lorsqu’une crise du logement, qui sévit depuis des mois, complexifie la quête d’un nouveau toit afin de repartir du bon pied. À l’Auberge sous mon toit (ASMT), on pourrait bien avoir trouvé la solution pour donner un coup de pouce à ses hommes prêts à voler de leurs propres ailes avec la mise sur pied d’une maison de chambres supervisée.

Reprendre sa vie en main après avoir pataugé dans les méandres de son existence. Plus facile à dire qu’à faire surtout lorsqu’une crise du logement, qui sévit depuis des mois, complexifie la quête d’un nouveau toit afin de repartir du bon pied. À l’Auberge sous mon toit (ASMT), on pourrait bien avoir trouvé la solution pour donner un coup de pouce à ses hommes prêts à voler de leurs propres ailes avec la mise sur pied d’une maison de chambres supervisée.

Dans les cartons de l’ASMT depuis des lunes, le projet d’offrir un logement alternatif à des hommes en situation de réinsertion sociale verra finalement le jour dès septembre prochain. Grâce à une aide financière de 35 000 $ offerte par Desjardins, trois chambres seront offertes à des locataires pour une période de six mois à un coût abordable (entre 400 $ et 500 $ par mois).

La particularité de cette maison de chambres? Ces résidents seront d’anciens usagers de l’Auberge parés à passer au prochain échelon dans leur vie au quotidien avec un minimum de supervision.

«Ce qu’on a pu aller chercher chez Desjardins, c’est du soutien pour le post-hébergement. Pour moi, c’est le lien qu’on garde avec nos gars une fois qu’ils sont partis de l’Auberge. On est convaincu que ça va réduire la pression sur les autres organisations et permettre de limiter les risques de rechute en plus de briser l’isolement», exprime le directeur général de l’Auberge sous mon toit, Frédéric Bonner.

Propriété de l’Auberge depuis déjà quelques années, le duplex, qui accueillera les colocataires, se trouve à proximité des installations de l’organisme.

Outre la participation de Desjardins, la Ville de Granby alloue également une somme de 45 000 $. Ce montant servira, entre autres, à défrayer le salaire du personnel d’intervention attitré à ce projet post-hébergement.

Une transition

Et n’entrera pas qui veut dans cet espace de vie supervisé. Les ex-usagers de l’Auberge devront se soumettre à un processus de sélection avant de pouvoir déposer leurs valises dans l’une des trois chambres. Prendre soin des lieux, respecter des règles de vie, s’acclimater à la cohabitation, organiser son budget, faire ses courses et cuisiner. Les futurs résidents de la maison de chambres auront un contrat à honorer.

«Nos locataires viendront de chez nous. Personne ne pourra venir cogner à notre porte pour demander une chambre», précise Isabelle Plante, coordonnatrice clinique à l’Auberge sous mon toit. Pour l’intervenante, cette nouvelle ressource se veut un outil de plus pour mieux soutenir ces hommes. «Quand j’ai commencé à travailler ici, les gars se trouvaient une chambre à 350 $ (par mois) en claquant des doigts. Aujourd’hui, une chambre à 350 $, ça n’existe plus.»

Mais au-delà d’un toit où dormir, les locataires «en transition» devront également avoir un plan de match afin d’intégrer le vrai marché locatif. «En étant ici, et ça sera non-négociable, tu devras être à la recherche d’un logement. Tu ne pourras pas rester ici pour profiter d’une chambre (…). La personne devra démontrer qu’elle a acquis ce qu’il faut pour se retrouver dans un vrai logement», laisse entendre la coordonnatrice clinique.

En place depuis plus de 50 ans dans la collectivité granbyenne, l’Auberge sous mon toit accompagne des hommes en difficulté situationnelle, sans domicile fixe ou contrevenants par l’entremise de son service d’hébergement et d’encadrement.

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